- PORTRAIT #2 : POURQUOI, ET COMMENT ENTRER EN FRANC-MAÇONNERIE ? -


  Adolescent en 1941, habitant oppréssé du Paris occupé, Bernard est un jour contraint par le régime de Vichy de se rendre à une exposition anti-maçonnique... une visite qui lui fera finalement si bonne impression, ô ironie, qu'il rentrera quelques années plus tard dans la franc-maçonnerie ! Précieuse anecdote historique, ce parcours est surtout une belle preuve que même sous la pire propagande, il reste possible de penser par soi-même. C'est d'ailleurs pour faire écho au pied de nez de Bernard au pétainisme que j'illustre son propos par des actualités d'époque... et par le fameux film conspirationniste Forces occultes. Les cinéphiles les plus border-line apprécieront !

  Ce film, second portrait historique après celui sur Maurice Teboul, est né du hasard d'une rencontre au restaurant. Il traite lui aussi de la seconde guerre mondiale, et il a lui aussi pour personnage central un monsieur qui a tiré sur des nazis. Autre point commun remarquable : les deux héros ont raté leur vocation de pilote militaire.
  La différence entre les deux films, par contre, c'est que celui-ci n'a pas de voix-off ; pour laisser plus de place au sujet... et aussi pour m'éviter pas mal de travail; il faut l'avouer. Finalement c'est très bien comme ça, et c'est sous ce format que je compte réaliser mes prochains portraits. Bon voyage avec Bernard... et n'oubliez pas : Caminante, no hay camino, se hace camino al andar !

N.B : "Où sont les femmes ?", me demanderez-vous ? Dans leurs obédiences, vous répondrai-je. En 1948 le Grand Orient de France n'était pas mixte, contrairement au Droit Humain (qu'il est long, le chemin). Une autre obédience, la GLFF, était alors exclusivement féminine (et elle l'est toujours).

- 21 JANVIER : LE REMASTERING ! -

 
   Ce film a été tournée en 2008. J'avais 20 ans, c'était l'an 2 de la liberté et à force d'intérim j'avais réussi à m'acheter une petite caméra et à mettre 1000€ de côté. Au 21 du mois de janvier, ticket interrail en poche, c'était donc parti pour 50 jours de voyage en solitaire entre Ljubljana, Istanbul, Odessa, Dublin et Lisbonne. L'idée de départ était de profiter de l'instant et, en passant, de filmer quelques clips où des gens parleraient de leur pays aux voyageurs et voyageuses à venir. Une fois rentré chez moi, la suite du plan était de lancer un site internet qui répertorierait toutes les interviews sur une grande carte participative, où n'importe qui pourrait ajouter ses propres vidéos.
  Mais au cours du voyage j'ai aussi filmé les villes et les paysages et, en rentrant, j'ai finalement décidé de réaliser un grand reportage. Une décision qui a inauguré ma façon de faire des films : faire confiance au destin, et voir ensuite. Voyager selon les envies, interviewer au hasard des rencontres et, une fois devant mon logiciel de montage, trouver le lien qui permettra de réaliser un film cohérent. Et c'est justement pour rendre au hasard ce qui lui est dû que le titre du film est 21 janvier ; tout simplement parce que je suis parti ce jour là.
  Le résultat est une sorte d'anti-thauma, ce style d'écriture antique qui ajoutait du merveilleux pour attiser la curiosité des lecteurs. Si ce vieux principe de com' est repris dans bien des docus modernes, ici, rien de fantastique, de brodé ou d'enjolivé ; le but de ce premier film est de montrer la réalité brute, accessible grâce à un tournage placé sous le patronage Tyché, la déesse du hasard :

  Tyché (...). C'est toi qui fais voler sur les ondes les vaisseaux légersc'est toi qui présides aux combats sanglants et aux sages délibérations des mortels. Tu te joues de leurs espérances trompeuses : tantôt tu les portes au sommet de la roue [de la fortune], tantôt tu les en précipites. Jamais aucun d'eux n'a reçu des Immortels un présage certain de son avenir : leur esprit, enveloppé de ténèbres, ne peut porter ses regards au-delà du présent. Souvent des malheurs imprévus trompent leur attente et leurs désirs, tandis que d'autres, battus par la tempête, voient le bonheur tout à coup leur sourire, et leur destin changer en un instant.
Pindare, in Olympiques

  Parce que le panthéon grec permet de belles métaphores, et parce que c'est chic, ce sera donc mon genre cinématographique : des reportages tychéens, où l'absence de préparation permet de tirer le maximum de l'essence d'un lieu et d'un moment. Une méthode aussi idéaliste que pratique, puisqu'elle a l'avantage de ne pas demander beaucoup d'effort d'organisation...

Clément Elbaz, avril 2008
 Mais ce film de mes 20 ans, si je l'ai refait après avoir dépassé la trentaine, c'est parce qu'à mon avis d'auteur il méritait une finition un peu meilleure (des extraits de la version originale sont visibles ICI). Ce qui était tolérable en 2008 ne l'est plus ; à l'époque YouTube ne permettait d'uploader que des vidéos de 10 minutes, en demi-HD et sans sous-titres. Le film était donc divisé en cinq parties sur-pixélisées et comme avec 2882 vues je n'avais pas grand chose à perdre, je me suis résolu à le remasteriser... mais sans vraiment le refaire. Si l'image a été améliorée l'ordre des plans est resté presque totalement fidèle à la version originale, et la musique est identique ; j'ai simplement stabilisé ce qui tremblait trop et corrigé les erreurs colorimétriques du pilote automatique de ma caméra... mais en laissant quelques imperfections au passage. Parce qu'elles collent bien à cette ambiance un peu grunge de l'hiver est-européen, et aussi parce que le défaut d'un jour devient souvent le charme du lendemain. Un charme qui a été d'autant plus ressenti qu'en me replongeant dans ces vieux rushs, j'ai eu l'agréable impression d'ouvrir une porte vers un passé proche mais déjà différent du présent, une époque sans smartphones et sans réseaux sociaux - en tout cas pour l'Europe de l'Est et pour moi, qui n'avait alors ouvert ma première boîte mail que depuis six mois. Ce film est donc aussi celui d'un voyage dans la toute fin du temps déconnecté, à un moment où les cartes papiers n'étaient pas encore remplacées par Google Map, et où le voyage restait le meilleur outil pour entendre parler les autres.
  Enfin si la voix off a elle aussi été remaniée ce n'est qu'en partie, pour réexprimer d'une manière un peu plus fluide ce que je pensais à l'époque. Comme lorsqu'on donne son avis sur le travail d'autrui, je me suis permis d'apporter quelques corrections à mon ancien moi... en prenant soin de laisser cette touche d'idéalisme un peu tarte de mes 20 ans, que le trentenaire légèrement misanthrope - réaliste ? - que je suis aujourd'hui juge avec une pointe d'envie.

  Au final, voici le résultat ! Un reportage qui commence à dater, déjà. Amateur, idéaliste mais réaliste et remastérisé en forme de coiffé-décoiffé cinématographique. Témoignage d'un moment de l'histoire vécu à 20 ans mais portant une ambiance intemporelle, parce qu'il ne fait que décrire ce sentiment océanique qui nous prend à la découverte d'un continent. Car en réalité, si j'ai (re)fait ce film, c'est surtout pour confirmer les envies de celles et ceux de la jeune génération qui, tout juste tombés du nid et qu'importe l'année inscrite sur le calendrier, sont pris par l'envie toute personnelle de voyager.

- LE REVENU UNIVERSEL : FIN DE LA PAUVRETÉ OU FIN DU TRAVAIL ? -

Temps de lecture : 20 minutes (temps d'écriture : 15 minutes)

  Bien que septième puissance économique mondiale la France recense 9 millions de pauvres. Dans une République qui se clame sociale, 15% de la population vit donc sans pouvoir se loger, se chauffer ou se nourrir convenablement.
  Le constat est d'autant plus amer que ce chiffre à tendance à augmenter mais malgré tout, il se pourrait bien que l'indigence n'en ait plus que pour quelques années... et pour arriver à des lendemains qui chantent, ou au moins à des lendemains où auraient disparu les causes financières de la faim et du froid et où les enfoirés ne chanteraient plus, l'évocation d'une solution prend de plus en plus de place dans les débats sur l'avenir social de l'État : la mise en place d'un revenu universel de base, c'est à dire du versement mensuel et inconditionnel, à chaque personne majeure, d'une allocation permettant de mener une vie matériellement digne... sans contrainte professionnelle.

1) Dolce far niente[, avenir français ?] - Tableau de John William Godward, 1904

  L'idée est plaisante mais clivante. Car si elle séduit d'emblée les plus idéalistes et les plus alanguis, près des deux tiers de la population s'y opposent déjà, craignant qu'elle ne rende le travail superflu et, surtout, qu'elle ne fasse qu'entretenir les paresses d'une minorité grâce aux fruits du travail de la majorité.

  Il n'y a qu'une seule chose que nous aimions à voir partager avec nous, quoiqu'elle nous soit bien chère, c'est notre opinion.

  La majorité pourrait commencer à voir son opinion évoluer après avoir remarqué que puisqu'universel et inconditionnel, le RUB serait cumulable aux autres sources de revenus, en faisant un apport financier à investir, mettre de côté ou dépenser en loisirs. Mais au delà de la perspective d'un budget renforcé, de l'espérance d'éternelles vacances ou de la crainte de l'avènement d'une société d'assistés, l'impérieuse nécessité de la lutte contre la pauvreté pousse à étudier la faisabilité de cette solution, ce que cet article fera en répondant à quatre questions :

     I/ Le revenu universel de base est-il un concept révolutionnaire ?
     II/ Quel impact aurait-il sur la société, le monde du travail et les individus ?
     III/ Quel montant devra être versé et où trouver l'argent nécessaire - sans trop taxer ?
     IV/ S'il est souhaitable et réalisable, sous quel délai ?

I/ L'actualisation de vieilles idées

  Sans appel, les chiffres de la pauvreté nous rappellent que malgré les avancées sociales et techniques de ces derniers siècles, la misère existe encore, qu'elle est courante et qu'elle frappe fort. Ses causes sont complexes et ses conséquences multiples mais pour tout arranger, le RUB suit un principe d'une simplicité biblique : pas de pauvres, pas de pauvreté.

2) La manne, précédent mythique du RUB. Gravure sur bois, Bible d'Anton Koberger (1483)

  On raconte qu'il y a 3200 ans des hébreux s'enfuirent d'Egypte et que, pendant quarante années d'errances désertiques, leur subsistance fut assurée sans qu'ils n'aient à chasser, cueillir ou labourer ; les prières de leur guide suffisaient pour que leur Dieu fasse jaillir l'eau des pierres et tomber, comme une grêle, de nourrissants repas du ciel.
  La couverture inconditionnelle des besoins essentiels d'une population est donc une idée déjà bien ancienne, dont le RUB ne serait qu'une version pratique, et laïque. Un passage du légendaire au réel qui suit d'ailleurs le sens de l'histoire... car si le mythe de la manne a enseigné pendant des millénaires, à qui le croit, que la Providence répondra à la foi, depuis quelques siècles les mentalités changent. Et loin des nécessités des déserts et de l'âge du bronze, plus ou moins affranchis des clergés, Françaises et Français ont plus foi en l'effort humain qu'en l'intervention d'une putative divinité.

Aide toi, le ciel t'aidera.
Conclusion de la fable [du] Chartier embourbé, Jean de la Fontaine, XVIIe siècle

  De nos jours la logique de ce vieux vers prévaut individuellement mais aussi collectivement car l'État c'est à dire toutes et tous car en démocratie, l'État, c'est nous - s'est lui aussi peu à peu affranchi de l'idée de Providence pour agir et, entre autres activités, améliorer le sort des déshérités. Une tranche de la population qui, constatant que l'ancrage dans le réel permet d'accomplir plus sûrement certaines promesses du ciel, croit désormais fermement au principe de redistribution des fruits du travail de la collectivité.

3) La manne, sécularisée grâce à Photoshop, 2022

  Adieu la tradition mosaïqueso long les hagiographes et bonjour la Caf ! Une fois l'idée de la providence étatique adoptée la monnaie tint lieu de manne, et YHWH s'effaça devant Marianne.

BOATCH : TOULOUSE-BORDEAUX EN BATEAU GONFLABLE

  L'ennui de 2020 m'a permis de me souvenir que dormait, sur l'un de mes disques durs, les images d'une étonnantes aventure… celle de trois Toulousains et de leur projet téméraire : rejoindre Bordeaux par la Garonne.
  Fille d'un solide apéritif pris sur les bords du fleuve, l'idée s'est concrétisée par l'achat d'un bateau gonflable type Caravelle K85, d'une capacité de 250kg. Pile ce qu'il faut pour porter vers l'aventure un peu de matériel et les trois hardis jeunes hommes de 232 kilos cumulés ; le 7 avril 2014, l'équipage du Bob Dyla était bon pour embarquer.
  Suivirent cinq jours intenses et froids, passés entre maquis, méandres et dangers et passant par les villes exotiques de Montech, Agen et même Langon… où l'aventure s'est conclue par un tragique naufrage.

  L'échec est le fondement de la réussite.

  Même sans bien comprendre où ce philosophe veut en venir, je préfère cette citation à celle de Frédéric Dard, qui dit que L'échec, c'est la réussite du con. C'est plus clair et plus vrai, mais un peu dur. En tout cas ce périple en eau douce méritait davantage qu'une page Facebook et un article dans un journal local. Il fallait plus et, avec la vidéo ci-dessus, voilà ce plus : un trailer épique, lui même témoin d'une aventure unique… Bon voyage, moussaillons !


Teaser et projet de reprise partagés par la vénérable Dépêche du Midi !

- LA RÉPUBLIQUE JURANDE : UNE SOLUTION DÉMOCRATIQUE À LA CRISE ÉCOLOGIQUE -

Temps de lecture : 15 minutes (temps d'écriture : 10 minutes)

  Notre régime semi-présidentiel n'est-il qu'une demi-démocratie, et nous conduit-il vers une catastrophe collective ?
  Deux questions en une pour une unique réponse : oui. Un oui que nous détaillerons dans cet article au terme duquel, pour dépasser l'alarmisme et la simple critique, nous proposerons une solution pratique. Pour la lire il suffit de rejoindre la partie VI mais, si votre temps vous le permet et que l'envie vous y invite, nous commencerons par l'analyse de la révélatrice réponse présidentielle qui fut donnée aux revendications exprimées, avec plus ou moins de calme, par les Gilets jaunes.

1) Amorce de débat entre des représentants de l'exécutif et un groupe de citoyens

  Comme Louis XVI en son temps notre monarque républicain organisa, en parallèle d'un maintien de l'ordre musclé, la récolte de cahiers de doléances. 16 000 d'entre eux furent soumis aux stylos citoyens dans les mairies de France, et plus de 2 millions de contributions en ligne furent récoltées.

  "...au moins montrerons-nous que nous sommes un peuple qui n’a pas peur de parler, d’échanger, de débattre"
Emmanuel Macron

  Pour animer le débat pas moins de 10 000 réunions citoyennes furent organisées et, en bras de chemise pour nous signaler son implication, le président a même participé à quelques unes d'entre elles, puis attendu que les dits cahiers ne lui soient remontés… pour les classer fissa aux archives. Rien n'est consultable et la conclusion de cet exercice dit démocratique fut donc celle du seul président de la République : remise aux calendes de la comptabilisation du vote blanc, du R.I.C, et du rétablissement de l'ISF. Ce retoquage des revendications principales des Gilets jaunes, pourtant plébiscitées par la plèbe, révèle une première raison à notre oui : sous la Cinquième République le peuple ne décide pas à travers ses représentants, mais élit des gens qui décident pour lui... et l'exemple du grand débat de 2018-2019 nous montre que si entre deux élections le peuple peut dire, rien n'oblige l'exécutif à l'écoute. Une semi-démocratie de fait qui permit au président d'échapper à une contestation majeure des institutions et de sa politique avec quelques promesses mineures et symboliques.
  Dans l'année qui suivit néanmoins, l'un des engagements de l'exécutif fut tenu : baptisée par un service com' au bord de la transe créative Convention citoyenne pour le climat, une seconde consultation citoyenne réunit pour plusieurs mois 150 personnes, tirées au sort et représentatives de la population française. Mais le sujet qui leur a été donné à penser, lui, n'a probablement pas été choisi au hasard : le mouvement des Gilets jaunes était né de la contestation populaire d'une hausse des prix du carburant, et des personnes tirées au sort avaient donc toutes les chances de confirmer que la priorité du peuple était de rouler pour pas cher, et pas l'écologie... offrant au gouvernement, en passant, une caution démocratique à sa frilosité législative sur le sujet. Ce ne fut pas le cas, et c'est justement ce petit revers politique qui va nous inspirer une solution pour échapper à la catastrophe collective, sur l'éventualité de laquelle nous allons maintenant nous pencher.

2) À gauche, la planète bleue. À droite, une poubelle bleue.
On nous le dit : l'intégrité de l'une dépend en partie de la bonne utilisation de l'autre.

I / Etat des lieux commun


  En 10 000 ans l'humanité est passée de moins de 10 millions à plus de 7 milliards de représentants, et d'une répartition en groupes isolés à d'immenses nations interconnectées. Le développement de l'agriculture, de l'élevage et du réseau routier qui accompagna cette évolution changea radicalement les paysages et fait encore reculer, aujourd'hui, ce qu'il nous reste de nature indomptée.
  Ainsi notre espèce autrefois éparse s'est déconnectée du sauvage tout en se connectant avec elle-même... mais les conséquences de nos contacts avec la nature en furent paradoxalement amplifiées, et c'est la première grande menace écologique à laquelle notre croissance nous expose : alors qu'elles avaient un impact limité du temps des petits groupes de chasseurs-cueilleurs, les pathologies d'origine animale se sont transformées du fait de notre ultra-connexion en pandémies mortelles… peste par les marmottes, sida par le singe et, aujourd'hui, coronavirus par le pangolin ou la chauve-souris.

3) Quarteron d'innocents coupables

  La situation est donc paradoxale, mais claire : comme les premières agglomérations humaines, notre village global est cerné par le sauvage. Et il faut ajouter à cela la menace que fait planer sur toutes les têtes, humaines et autres, l'utilisation d'énergies fossiles qui engendrent un processus de réchauffement climatique promettant d'être la cause, dans un avenir de moins en moins éloigné, de catastrophes diluviennes et autres plaies mosaïques assurées. Notre influence sur la nature n'est pas son contrôle, et ce constat nous suggère que si nos sociétés veulent continuer à se développer sans se détruire, il nous faut aller vers un changement de modèle ou, à tout le moins, un contrôle plus rigoureux de nos excès actuels.
  Bien renseignés sur cette situation, et bien que de tous bords politiques et de toute condition sociale, les 150 citoyennes et citoyens de la Convention ont, après seulement 9 mois de consultation d'experts et de débats, accouché de 149 propositions allant toutes dans le sens de l'écologie politique. En voici quelques unes :

- PROJET ÉGYPTIEN -



  La vidéo ci-dessus présente un documentaire de 52 minutes sur lequel j'ai commencé à travailler lors d'un voyage en Égypte, en novembre 2019, avec un cameraman et une journaliste.
  Le tournage doit se poursuivre en France et en Israël, une fois qu'une boîte de production aura financé le projet. Quel est le sujet ?
Il ne reste aujourd'hui qu'une demi-douzaine de Juifs en Égypte, alors qu'ils étaient plus de 80 000 en 1947. Cette quasi-disparition est la conséquence de la montée du nationalisme arabe et du retour, après 2000 ans d'absence, d'une puissance politique juive dans la région.
Le documentaire mettra en lumière l'exode moderne des Juifs d’Égypte, tout en suivant le combat mémoriel de ceux qui sont restés et des exilés qui, de France ou d'Israël, y contribuent ou le complètent. Nous partirons à la rencontre de Magda Haroun (avocate et présidente de Goutte de Lait, association basée au Caire), d'Albert Arié et de son fils Sami Ibrahim (membres de Goutte de Lait), ou encore d'André Cohen et Yves Fedida (Association pour la Sauvegarde du Patrimoine Culturel des Juifs d’Égypte – ASPCJE, basée à Paris).
  Aussi, partant du particulier pour atteindre l'universel, le film traitera de l'exode des Juifs de l'ensemble des pays arabes (800 000 exilés) ; pour souligner l'universalité de la souffrance de l'exil, des palestiniens ayant dû fuir la guerre israélo-arabe de 1948 seront également interrogés.
  L'histoire sera relatée objectivement, et aucun fait ne sera éludé. Tout en laissant la parole à ceux qui ont tout perdu, sans édulcorer leurs discours, le film mettra en avant les acteurs sociaux qui tentent de rapprocher les communautés par la culture.

- LA POSTE CONTINUE DE COLLABORER AVEC LES NAZIS -

  Et en voici la preuve avec un timbre d'époque, représentant le profil gauche d’Hitler - qui n'est pourtant pas son meilleur. Dûment oblitéré par les services postaux, il nous fait nous demander si l'entreprise au logo jaune et bleu s'est bien affranchie de son passé collabo...
 
1) Les dates ont été masquées pour qu'aucun employé ne soit accusé de négligence.

  Pourquoi avoir fait ça ? D'abord, parce que c'est drôle.
  Si.
  Mais aussi pour rappeler qu'entre 1940 et 1944 l’État français a activement collaboré, imposant aux historiens d'entretenir l'amer souvenir des rafles de Juifs et des enfermements de tziganes, de républicains espagnols ou de résistants. Le régime de Vichy, allié soumis des nazis, a délégué la réalisation de ses basses œuvres aux services publics et la SNCF, par exemple, se chargeait elle-même de l'organisation des départs de convois de déportés vers Auschwitz. Mais une collaboration moins connue est celle des PTT d'alors, notre Poste d'aujourd'hui, dont une direction épurée de ses Juifs et de ses francs-maçons ordonnait d'intercepter les communications écrites ou téléphoniques, et de transmettre à la police collaborationniste les identités des résistant et des résistantes attrapés. Ce qui fut fait par la majorité des employés, même si nombre de fonctionnaires sont entrés en résistance. Alors, à la lumière des heures sombres de l'histoire et à l'heure du retour des extrêmesbrun, vert ou blond platine avec une mise en plis absurde - il peut paraître intéressant de se demander si notre secteur public a retenu les leçons du passé.
  Aux dernières nouvelles, tous les Juifs se rendant en train en Allemagne le font de leur plein gré. La milice et Darnant ont été dissous, et en 1995 Jacques Chirac a présenté les excuses de l'exécutif français. Guillaume Pépy, du bout des lèvres et un peu contraint, a reconnu le rôle de la SNCF en 2011 - mais peut-être trouvait-il impoli que les associations juives n'aient pas relevé que pour une fois dans l'histoire de l'entreprise, les trains étaient parfaitement à l'heure... mais les excuses de la Poste se faisant toujours attendre en 2020, j'en profite pour suggérer qu'une déclaration ne ferait de mal à personne ; ni à la direction, ni aux victimes encore vivantes de cette collaboration.
  Alors oui, bien entendu, la Poste d'aujourd'hui est très loin des agissements des PTT d'alors, et l’aberrante oblitération de ce timbre n'est qu'une erreur ; vos réclamations ne seront donc pas mieux reçues si vous vous rendez à votre bureau de quartier en Panzer. Mais cette affaire du timbre nazi souligne un autre problème, non plus historique mais actuel : s'il est passé comme une lettre à la poste, ce timbre, c'est qu'il n'est passé entre les mains de personne... car dans le domaine public aussi l'automatisation, la sous-traitance, l'ouverture à la concurrence et la réduction des personnels sont en vogue. Et pour le coup, au lieu de nous adapter au présent pour préparer l'avenir, comme le disent les libéraux, cette politique économique a ouvert une fenêtre sur un passé vieux de 75 ans. Avec un timbre, pour la blague. Pour l'instant. Mais si le totalitarisme revient au goût du jour ? Comme en Chine, ce sera à la mode de la dématérialisation et des algorithmes froids, qui exécutent les commandes sans retard et sans pauses certes, mais aussi et surtout sans se poser de questions.
  Ce jour là certes, les colis arriveront plus rapidement qu'avec Monique et André, nos bons vieux fonctionnaires traditionnels. Mais le plus nos sociétés seront gérées par des robots sans conscience et sans principes... le moins il y aura de personnes pour résister.

Article également paru sur le site JewPop !