- LE REVENU UNIVERSEL : FIN DE LA PAUVRETÉ OU FIN DU TRAVAIL ? -

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  Bien que septième puissance économique mondiale la France recense 9 millions de pauvres. Dans une République qui se clame sociale, 15% de la population vit donc sans pouvoir se loger, se chauffer ou se nourrir convenablement.
  Le constat est d'autant plus amer que ce chiffre à tendance à augmenter mais malgré tout, il se pourrait bien que l'indigence n'en ait plus que pour quelques années... et pour arriver à des lendemains qui chantent, ou au moins à des lendemains où auraient disparu les causes financières de la faim et du froid et où les enfoirés ne chanteraient plus, l'évocation d'une solution prend de plus en de place dans les débats sur l'avenir social de l'État : la mise en place d'un revenu universel de base, c'est à dire du versement mensuel et inconditionnel, à chaque personne majeure, d'une allocation permettant de mener une vie matériellement digne... sans contrainte professionnelle.

1) Dolce far niente[, avenir français ?] - Tableau de John William Godward, 1904

  L'idée est plaisante mais clivante. Car si elle séduit les plus idéalistes et les plus alanguis, près des deux tiers de la population s'y opposent, craignant qu'elle ne rende le travail superflu et, surtout, qu'elle ne fasse qu'entretenir les paresses d'une minorité grâce aux fruits du travail de la majorité.

  Il n'y a qu'une seule chose que nous aimions à voir partager avec nous, quoiqu'elle nous soit bien chère, c'est notre opinion.

  La majorité pourrait commencer à voir son opinion évoluer après avoir remarqué que puisqu'universel et inconditionnel, le RUB serait cumulable aux autres sources de revenus, en faisant un apport financier à investir, mettre de côté ou dépenser en loisirs. Mais au delà de la perspective d'un budget renforcé, de l'espérance d'éternelles vacances ou de la crainte de l'avènement d'une société d'assistés, l'impérieuse nécessité de la lutte contre la pauvreté pousse à étudier la faisabilité de cette solution, ce que cet article fera en répondant à quatre questions :

     I/ Le revenu universel de base est-il un concept révolutionnaire ?
     II/ Quel impact aurait-il sur la société, le monde du travail et les individus ?
     III/ Quel montant devra être versé et où trouver l'argent nécessaire - sans trop taxer ?
     IV/ S'il est souhaitable et réalisable, sous quel délai ?

I/ L'actualisation d'une vieille idée

  Sans appel, les chiffres de la pauvreté nous rappellent que malgré les avancées sociales et techniques de ces derniers siècles, la misère existe encore, qu'elle est courante et qu'elle frappe fort. Ses causes sont complexes et ses conséquences multiples mais pour tout arranger, le RUB suit un principe d'une simplicité biblique : pas de pauvres, pas de pauvreté.

2) La manne, précédent mythique du RUB. Gravure sur bois, Bible d'Anton Koberger (1483)

  On raconte qu'il y a 3200 ans des hébreux s'enfuirent d'Egypte et que pendant quarante années d'errances désertiques, leur subsistance fut assurée sans qu'ils n'aient à chasser, cueillir ou labourer ; les prières de leur guide suffisaient pour que leur Dieu fasse jaillir l'eau des pierres et tomber, comme une grêle, de nourrissants repas du ciel.
  Cette légende prouve que la couverture inconditionnelle des besoins essentiels d'une population est une idée déjà bien ancienne, dont le RUB ne serait qu'une version pratique, et laïque... un passage du principe d'inconditionnalité du légendaire au réel qui suit d'ailleurs le sens de l'histoire, car si le mythe de la manne enseigne depuis des millénaires, à qui le croit, que la Providence répondra à la foi, depuis quelques siècles les mentalités changent et, loin des nécessités des déserts et de l'âge du bronze, plus ou moins affranchis des clergés, nos contemporains placent plus leur foi dans l'effort humain que dans l'intervention d'une putative divinité.

Aide toi, le ciel t'aidera.
Conclusion de la fable [du] Chartier embourbé, Jean de la Fontaine, XVIIe siècle

  De nos jours la logique de ce vieux vers prévaut d'un point de vue individuel mais aussi collectif car l'État c'est à dire toutes et tous car en démocratie, l'État, c'est nous - s'est lui aussi peu à peu affranchi de l'idée de Providence pour agir et, entre autres activités, améliorer le sort des déshérités. Une tranche de la population qui, constatant que l'ancrage dans le réel permet d'accomplir plus sûrement certaines promesses du ciel, s'est attaché au principe de redistribution des fruits du travail de la collectivité.

3) La manne, sécularisée grâce à Photoshop, 2022

  Adieu la tradition mosaïqueso long les hagiographes, et bonjour la Caf ! Une fois l'idée de la distribution inconditionnelle du nécessaire à la survie sécularisée la monnaie tint lieu de manne, et YHWH s'effaça devant Marianne.
  Grâce à cette providence étatique l'ensemble de la société dispose donc déjà des largesses de l'État, qui agit contre la pauvreté sur deux niveaux : en amont, avec l'éducation et la formation, et en aval, avec la distribution d'aides sociales certes salutaires, mais encore insuffisantes pour que les 15% de pauvres sortent de la pauvreté. Une situation qui, du côté des humanistes, n'a jamais été considéré comme une fatalité :

  Comme l'esclavage et l'apartheid, la pauvreté n’est pas une chose naturelle. Il s’agit d’une pure création humaine, et elle peut être surmontée et éradiquée grâce aux actions des êtres humains.
Nelson Mandela - Extrait d'un discours tenu à Londres, 2005

  Si rien n'est encore parfait, tout peut donc être amélioré. Même si les actions étatiques sont déjà nombreuses et qu'alors que retraites, assurance chômage, tickets restaurantsallocations logement ou familiales, crédits d'impôts ou RSA sont autant de mesures soumises à conditions, d'autres sont déjà universelles et inconditionnelles, et pas des moindres : l'éducation, rendue gratuite dès 1881, et surtout la sécurité sociale, qui depuis 1945 assure aux riches comme aux pauvres la gratuité de la plupart des soins nécessaires.

4) Ambroise Croizat et Pierre Laroque, fondateurs de la Sécurité Sociale.

  Chaque année, l'État dépense environ 470 milliards d'euros pour la santé des administrés. Un cinquième du PIB, la production de richesse commune, est donc déjà alloué à la préservation inconditionnelle de l'intégrité individuelle ; après avoir constaté que le RUB s'inscrivait dans la continuité d'un antique idéal, cette réalité administrative le place dans les clous de notre modèle social, en faisant l'outil d'une complétion, d'une amélioration plutôt qu'une révolution... dans le principe comme dans la pratique :

  - Tout individu naît avec une constitution physique qui déterminera une grande partie de sa santé. Malade, quelle qu'en soit la cause, il bénéficiera de la sécurité sociale. Le RUB pourra agir en complément, en garantissant une suffisance matérielle et nutritionnelle qui conditionne aussi la santé.
  - Chaque personne grandit dans un milieu familial l'aidant plus ou moins à développer ses capacités. L'Éducation nationale nivelle autant que possible les différences mais, même si un milieu défavorisé peut être intellectuellement favorisant, l'égalité des chances n'existe encore que sur le papier. Pour améliorer cette situation, le revenu universel offrira aux parents de bienvenus moyens supplémentaires pour l'épanouissement culturel et le soutien scolaire.
  - Beaucoup de jeunes entament leur vie estudiantine ou professionnelle avec le soutien financier de leur famille - une aide dont l'absence bride bien des destins. C'est ainsi, si certaines personnes viennent au monde avec une cuillère en argent dans la bouche, d'autres naissent avec un modèle en bois fichu autre part. Le RUB pourra corriger cette cruelle inégalité de départ car, bien plus complet que les bourses d'étude ou que les APL, il permettrait aux jeunes qui entreprennent ou étudient de se loger et de se nourrir sans avoir à sacrifier de temps, parfois leur avenir, à un job alimentaire trop contraignant. L'argument devrait convaincre en haut lieu car du côté de l'ENA-INSPpôle d'excellence ayant vu passer quatre présidents de la République et neuf premiers ministres, les études sont déjà rémunérées... 1682€ par mois.

5) Futurs énarques confiants et concentrés sur leur avenir - Amphithéâtre de l'ENA, sept. 2021.
Remarquons l'absence de sarouels et de pulls en polaire.

  - Si les coupables et les victimes de violences sexuelles, conjugales ou familiales se retrouvent dans toutes les couches de la société, précarité, atteintes aux biens et violences urbaines sont bel et bien liées. Les aides sociales existantes viennent atténuer quelque peu cet effet secondaire de la pauvreté mais, en supprimant de facto cette dernière, le RUB réduira beaucoup plus efficacement la criminalité... ce qui donnera aux forces de l'ordre, en passant, un peu plus de temps pour enquêter sur la délinquance en col blanc.
  - Les retraités héritent des conséquences mensuelles d'un passé professionnel qui ne permet pas toujours un confort adapté aux exigences de la vieillesse. Là encore le revenu universel pourra compléter le système actuel en étant dépensé pour le quotidien, les loisirs, la famille ou l'accompagnement des dépendances.
- Enfin si l'héritage est encore considéré comme une affaire de transmission familiale, les vivants sont aussi les légataires d'une multitudes d'ancêtres communs qui ont apporté une contribution plus ou moins grande au monde contemporain.

Tout homme descend à la fois d'un roi et d'un pendu.

  Il pourrait donc paraître normal que chaque membre de leur descendance récolte sa part des fruits de leur travail. Et pour cela aussi, le RUB semble un outil adapté ; une petite rente suffisante, legs des ancêtres autant qu'assistance d'une société bienfaisante.

  Ajoutons pour conclure ce chapitre que le RUB n'aura que peu de chances de pousser les foules à l'indolence, crainte principale de ses détracteurs : tous les sondages et toutes les expériences révèlent qu'autour de 90% des bénéficiaires choisiraient de conserver leur emploi. Une proportion qui paraît logique car en ne se contentant pas du minimum, la majorité s'inscrirait elle aussi dans la continuité... et pour ne citer qu'un seul exemple illustrant que l'inconditionnalité ne pousse pas à l'inconséquence, la consommation annuelle d'alcool pur est passée de 27 litres par adulte et par an en 1945, date de la fondation de la sécu, à 11 litres en 2019.
  Certes, le RUB permettra aux 10% qui le souhaitent - et à qui nous donnerons le plaisant nom de RUBistes - de traverser l'existence sans être matériellement productif, comme il est déjà possible d'exister sans ménager sa santé. Mais pour vivre dans le luxe, il faudra toujours avoir fait les bonnes études, avoir le bon emploi ou le bon business, bref : travailler. Le seul grand changement que la mesure apportera, et c'est là son but premier, c'est que les pauvres ne seront plus pauvres : ils deviendront des a minima. Ils ne vivront plus maigrement mais sobrement, dans une situation sociale  qui ne trahira plus nos grands principes :

  Toute personne a droit à un niveau de vie suffisant pour assurer sa santé, son bien-être et ceux de sa famille, notamment pour l'alimentation, l'habillement, le logement, les soins médicaux ainsi que pour les services sociaux nécessaires ; elle a droit à la sécurité en cas de chômage, de maladie, d'invalidité, de veuvage, de vieillesse ou dans les autres cas de perte de ses moyens de subsistance par suite de circonstances indépendantes de sa volonté.

  RUB à venir ou pas, ce droit fondamental à une vie matériellement digne impose un devoir d'action à l'État, car la réalité sociale est encore déconnectée du texte : une part structurelle de chômage et l'insuffisance des minimas sociaux, deux facteurs indépendants de la volonté individuelle, restent les causes principales de la pauvreté. Pour arriver aux nobles fins de l'article 25.1, le revenu universel de base se propose donc comme la mesure mettant en pratique nos grands principe et qui, à la suite de la fin des privilèges ou de l'apparition des régimes de retraites, ne serait vue par les générations future que comme une évidence en plus...

6) Effets du bon gouvernement sur la villeAmbroggio Lorenzetti, 1338

  Sept siècles après les premières peintures allégorisant l'espérance d'une société heureuse car bien gérée, et plus de 70 ans après la DUDH et son idéalisme assumé, ce qui ressemblait à de l'utopie se révèle une possibilité, réalisable grâce à une mesure qui s'inscrit dans la continuité.
  Sans changer de paradigme étatique ou moral le RUB, en marquant la fin de la misère et de son cortège d'effets secondaires, ne ferait que rendre notre société plus sécurisée et plus équitable... un résultat qui contentera d'abord les pauvres mais qui, aussi, satisfera les adeptes de la méritocratie : l'excellence dépendra toujours du talent et de la volonté, et le succès financier restera tributaire des aptitudes individuelles et de la rentabilité. Mais dans le monde du travail salarié, le revenu universel pourrait bien tout chambouler.

II/ Un nouveau rapport au travail

  Si le RUB emballe la plupart des sans-abris, des dilettantes et des précaires du salariat il rebute la majorité des productivistes, des libéraux et du patronnât, qui appréhende son influence sur le seuil d'acceptabilité salarial... car avec cette mesure, une vie matériellement digne ne serait plus conditionnée à l'occupation d'un poste salarié.

7) "Notre équipe est réduite / S.V.P soyez patient avec l'équipe qui s'est montrée / Plus personne ne veut travailler."
Illustration particulière d'une rébellion qui, revenu universel ou pas, s'annonce aussi spontanée que globale.
Fast-food anonyme du monde anglo-saxon. 

  L'addition du RUB et d'un salaire assurera un confort financier qui suffira à sans aucun doute à conserver l'attractivité du salariat, mi-temps compris. Mais il est sensé de penser que les emplois les plus dangereux, pénibles ou ennuyeux seront vite délaissés des masses. Bien peu de gens continueront de risquer leurs santés physique - et mentale - pour n'ajouter qu'un peu de confort financier à un quotidien désormais sécurisé. Il faudra, alors, trouver de nouveaux arguments à même de convaincre les premiers de corvée de continuer à travailler aux profits des premiers de cordée.

  Si vous leur mettiez d'abord une bêche à la main, cet exercice les rebuteroit, les fatigueroit, les deſeſpéreroit même pour la plupart ; il faut les y préparer & même le leur faire déſirer.
  Les Hollandois ont inventé une méthode excellente ; c'eſt d'attacher à la pompe ceux qu'ils veulent exercer au travail, (...) On enferme ſeul le perſonnage qu'il s'agit d'accoutumer au travail, dans un réduit que des canaux inondent de manière à le noyer, s'il ne tourne pas ſans ceſſe la manivelle de ſa pompe (...)

  Cette horrible idée hollandoise fut défendue par l'abbé Nicolas Baudeau, homme d'église converti à l'esprit d'entreprise. Si elle est devenue inapplicable, sa logique se retrouve néanmoins dans les principes des descendants idéologiques du bon abbé : les néo-libéraux pour qui, toujours, la misère incite au travail... et permet d'augmenter les profits tout en fidélisant le personnel. Mais si le RUB est adopté la peur de dormir sous les ponts n'enchaînera plus personne aux chaînes de production et, pour conserver leurs rendement, les hiérarchies auront à ménager des subordonnés qui, libérés de la menace de la pauvreté, devront être convaincu plutôt qu'obligés. Il faudra alors améliorer les conditions de travail, réduire sa durée, augmenter la sécurité et, in fine, réadapter le monde salarial à la nature profonde de l'humanité.

8) Britney Spears, auteure du titre "[You better] work Bitch", une fourmi et un rat-taupe nu.
Echelle non respectée.

  Le partage des tâches est nécessaire au bon fonctionnement de toute société : fourmis et autres rats-taupe nus vivent par exemple dans des groupes où chaque individu - ou presque - remplit un rôle qui profite à l'ensemble, tandis que cet ensemble assure une abondance et une sécurité inatteignables en solitaire. Dans ces sociétés animales la mission sociale, physiquement déterminée, suit une impériosité instinctive et naturelle. Mais il n'en est pas de même pour les humains, autres animaux sociaux chez qui c'est l'évolution des sociétés qui assigne les rôles et impose les modes de vies. Chez qui en somme, comme le surmoi domine le Ça, les cadres socio-civilisationnels astreignent les natures individuelles.
  Or à l'instar des singes, des dauphins ou des loups les membres de notre espèce ne sont adaptés qu'au stade de la harde, à savoir des groupes autonomes d'une trentaine d'individus... le mode de vie le plus adapté à notre nature est donc plus proche du quotidien des chasseur-cueilleurs que de la vie qu'impose Amazon à ses salariés-consommateurs.

9) Humains ne travaillant que pour eux-mêmes, Botswana.

  Dans les micro-sociétés primales, une trentaine d'heures d'efforts hebdomadaire suffit à satisfaire les besoins alimentaires et matériels, couverts par des travaux qui y sont directement connectés. La part moderne du monde, en revanche, voit ses foules passer en moyenne 39 heures par semaine au travail, un temps auquel s'ajoute celui consacré aux tâches domestiques : 14 pour les hommes... et 23 pour les femmes. L'humain contemporain travaille donc 50% de plus que ce que la nature lui imposait et de plus, alors que bien des urbains s'épanouiraient dans une carrière steppique ou forestière, nos sociétés ultraspécialisées n'offrent presque que des emplois répétitifs, déconnectés de la nature et de nos besoins physiologiques quotidiens.
  Cette réalité étant posée, la demande d'amélioration des conditions salariales apparaît moins comme une lubie de l'époque que comme un écho des origines, une revendication spécistement légitime de vivre dans une société qui certes soigne, protège et élève plus efficacement, mais qu'il serait temps de réadapter à nos natures contraintes par un type de contrat social apparu sous les règnes des despotes du néolithique qui, les premiers, asservirent les membres de leurs petites communautés à travailler à leurs profits particuliers. Un paradigme qui se développa et engendra l'apparition de l'esclavage, de la dîme ou du servage... jusqu'au salariat.

Le salaire n'est que l'esclavage prolongé.

10) Les casseurs de pierres, par Gustave Courbet, 1849

  Si notre marché du travail est bien loin de ce qu'était le marché des esclaves, bien des malgré-nous du salariat restent prisonniers d'un environnement souvent aussi peu motivant qu'épanouissant. Mais le RUB semble aussi pouvoir libérer ces demi-forçats : comme les antiques hébreux s'affranchirent de l'esclavage et survécurent au Sinaï grâce à leur bon Dieu, le RUB libérerait les françaises et les français de la contrainte salariale, et leur permettrait de survivre aux traversées des désert financiers.
  En laissant la possibilité de refuser un poste, le revenu universel sera non seulement l'instrument d'un rapport au travail plus libre et plus naturel, mais il pourra même se révéler bénéfique pour certains secteurs : un apport mensuel suffisant permettrait en effet de se lancer plus facilement dans les domaines non-salariés des profession-vocations de la paysannerie ou de l'artisanat.
  Enfin, l'effort et le concept de travail n'étant pas limités aux seuls domaines rémunérés, nous pouvons réaliser que cette nouvelle liberté de choix induite par le RUB favorisera aussi - surtout diront les plus exaltés - la plus éminente spécificité humaine : la créativité.

  Il faut des monuments aux cités de l’Homme ; autrement où serait la différence entre la ville et la fourmilière ?

  Monuments de peintures, de lettres, de sons ou de pierres... voilà qui nous différencie, entre autres, du rat-taupe nu et des fourmis. Grâce au RUB les artistes, dont les œuvres sont aussi des travaux, pourront se consacrer à leurs vocations avec toute la disponibilité mentale qu'elles requièrent. N'ayant même plus - à la condition d'accepter une vie matériellement sobre - à se soucier d'en faire commerce.
  Alors, avant de se demander prosaïquement où trouver l'argent nécessaire à l'établissement d'un revenu universel, nous pouvons nous laisser aller à imaginer les inestimables profits culturels qu'il apporterait.

11) Barcarolle, les Contes d'Hoffmann (1881)
Bel air d'Offenbach et joli texte de Jules Barbier, qui vécurent tout deux à une époque qui permit cette musique.

  Si chaque société comporte un nombre incalculable de potentiels génies, elles ne leur ont pas toujours permis de développer leurs exceptionnelles capacités... en effet à époque égale pas de Pascal chez les Bantous, pas de Sappho chez les Gaulois et pas de Prokofiev chez les Papous. Mais s'il est évident qu'un environnement sans écriture ou sans orchestres avorte les romans et les symphonies en gestation dans les meilleurs esprits on peut se demander, aussi, combien d'Armstrong ou de Scriabine n'ont pu composer de chefs-d'œuvre parce qu'ils devaient se rendre à l'usine...

  Ce qui m'attriste seulement, est de songer, si je ne suis destiné qu'à voir quelques années, combien je perds de temps pour gagner ma vie, et que tant d'heures, que je n'aurais plus, devraient être données à l'Art ! En effet, que d'impressions poétiques j'aurais, si je n'étais obligé de couper toutes mes journées,  enchaîné sans répit au plus sot métier [professeur d'anglais] (...).
Lettre de Mallarmé à Henri Cazalis, 28 avril 1866

  En brisant les chaînes symboliques du salariat, la mise en place du RUB ferait de l'État un libérateur autant qu'un mécène, laissant au travail rémunéré le juste rôle d'émancipateur économique - celui d'un travail et d'une émancipation parmi d'autres.
  Affranchis de la précarité et de la contrainte salariale, citoyenne et citoyens pourraient alors adapter plus facilement leurs natures individuelles à la société, étrennant ainsi un nouveau droit à mener une vie axée sur les intérêts intellectuels et émotionnels plutôt que sur les besoins financiers... un tableau qui, vraiment, semble fort parfait. Mais une fois tous les avantages présentés, il faut bien se demander qui va payer.

III/ Prendre l'argent là où il est*
  *Pour plus de lisibilité, étant donné que cet article est celui d'un citoyen lambda et non un rapport de la Cour des comptes, les chiffres seront arrondis (par exemple, les 68 014 000 de françaises et de français deviendront 68 millions).
  Comme pour les sondages la marge d'erreur finale ne sera que d'un ou deux pour cent. Les chiffres utilisés seront ceux de 2019, qui seront sauf grande surprise dans la moyenne de la décennie 2015-2025.

  Fossoyeur de la pauvreté, relève ou complément des aides existantes, émancipateur de la contrainte salariale, booster culturel... si le RUB est souhaitable il reste à savoir s'il est possible, en commençant par déterminer son montant ; une question de principe car s'il est juste d'en finir avec la misère, le luxe ou le confort ne sont pas forcément des droits. Et pour ne pas tomber d'un excès à l'autre, d'une société où la pauvreté est endémique à un monde où l'effort serait inutile, les mensualités devront être bien calibrées.
  Il existe une approche libérale où 400, 500, 600 euros seraient mensuellement distribués en échange d'un assouplissement du code du travail et de la suppression des autres aides sociales, retraites et sécu inclues. Ici le masque de la générosité cache une volonté d'augmenter les profits des compagnies privées : avec cette configuration, assurances et mutuelles prendraient le relais d'un État désengagé, pour finalement proposer des prestations sociales moins avantageuses - les sociétés privées travaillant par essence aux profits privés, alors que le rôle de l'Etat est de réinvestir ses recettes pour l'intérêt commun. En outre, un RUB trop bas ne conviendrait qu'aux grandes entreprises et aux classes sociales supérieures... car si les plus aisés auront toujours un petit bonus mensuel, du côté des pauvres, n'importe quel bullshit job, aussi dangereux, désagréable et mal payé qu'il soit devrait être accepté pour boucler les fins de mois. Au final les liens de la contrainte salariale s'en trouveraient renforcés, faisant de cette version libérale du RUB l'arme d'un retour en arrière plutôt que l'outil d'un progrès.
  Dans sa version humaniste par contre, le revenu universel devra être suffisamment faible pour laisser le travail rémunéré attractif, mais assez élevé pour faire disparaître la misère. Un équilibre qui pourrait être atteint grâce à une indexation sur le seuil de pauvreté : 60% du niveau de vie médian, soit environ 1100€ par adulte et par mois.

1100€ x 12 mois x environ 52,5 millions d'adultes = environ 690 milliards d'euros par an.

  Une somme qui paraît énorme, surtout pour un pays qui compte 9 millions de pauvres... mais ce chiffre ne reflète pas la réalité économique de la France, où prospèrent aussi près de deux millions de millionnaires, où le PIB a connu une augmentation d'environ 115% depuis l'an 2000 et où, hors crise passagère, il bat chaque année son propre record. Or durant les deux dernières décennies, si la richesse des riches et le confort des classes moyennes ont augmenté, la pauvreté, elle, n'a pas reculé.

  Pourquoi certains n'auraient pas tout ? Il y en a qui n'ont rien. Ça fait l'équilibre.

  C'est un équilibre capitaliste, où les richesses produites ne sont pas possédés par les forces de production. Un modèle qui domine le monde économique actuel où, pour ne citer qu'un seul exemple, une femme comme Françoise Bétencourt Meyers peut grâce à un héritage posséder le tiers de L'Oréal - une entreprise où les 80 000 employés, non-propriétaire de leur outils de travail, ne gagnent que ce que la direction juge bon de leur donner...
  Face à ce modèle légué par la révolution industrielle se tient traditionnellement le socialisme, une doctrine politique où l'État gère les secteurs clef de l'économie et donne la priorité sur l'intérêt général, au détriment des intérêts particuliers.

12) Affiche britannique caricaturant le socialisme comme bourreau de la prospérité [individuelle].

  Redistribuer les richesses des classes supérieures et moyennes à la masse laborieuse ou pire, aux dilettantes... voilà une hypothèse qui a de quoi refroidir les ardeurs de bien des humanistes et qui rappellera même, aux plus angoissés, les plus sombres pages de l'histoire des luttes sociales et de leurs excès.

  Toutes les ressources inférieures au surplus doivent être propriété collective.

  Mais comme en toute chose une voie du milieu existe et c'est justement celle qu'emprunte traditionnellement la France, pays où libéralisme économique et socialisme d'État s'équilibrent plus ou moins bien ; où les aides sont parmi les plus généreuses du monde, mais où il reste parfaitement possible de faire fortune... et d'exploiter la misère son prochain. Pour corriger ce dernier bémol, et perfectionner l'équilibre entre un état social et une économie ouverte, le coût du RUB devra être supporté et accepté par toutes les classes de la société.

  Pour commencer, il faut noter que la mesure n'est pas aussi coûteuse qu'il n'y paraît : les dépenses publiques de l'État et des collectivités territoriales s'élèvent à environ 55% du PIB, soit entre 1300 et 1500 milliards d'euros par an, dont à peu près 800 milliards sont consacrés aux retraites et à la sécu, allocation adulte handicapé inclue - deux postes de dépense qui resteront inchangés dans cette simulation. Mais si le revenu universel est mis en place d'autres aides deviendront inutiles, et en supprimant les prestations familiales ou Pôle Emploi, ce seront à peu près 100 milliards d'euros qui pourront être directement réalloués au financement de la nouvelle mesure, pour laquelle il ne reste donc plus à trouver que 590 milliards d'euros.
  Moins en réalité, car il faut prendre en compte le fait qu'une partie de ce que ce RUB coûtera reviendra fissa dans les caisses de l'État... grâce à la TVA, une taxe sur les produits de consommation qui rapporte environ 130 milliards de recette fiscale nette par an.

130 Mrds ÷ 12 mois ÷ 52,5 millions = environ 205€ reversés via la TVA, par adulte et par mois.

  Les français touchant en moyenne 2400€ nets mensuels, nous pouvons estimer à 8,5% la part du revenu directement réinjecté dans les caisses de l'État. En supposant sans prendre trop de risques qu'une part équivalente du RUB suivrait le même chemin, cela rapporterait :

8,5% de 1100€ mensuel = 93.5€, x 12 mois x 52,5 millions de bénéficiaires = environ 60 milliards

  Pour établir un RUB à 1100€/mois il faut donc trouver 530 milliards d'euros par an. Un peu supérieure au coût de la sécurité sociale, cette somme porterait le budget de l'État à environ 75% du PIB. Une paille pour les uns et une poutre pour les autres mais qu'importe les avis ; maintenant que les besoins sont quantifiés, il ne reste plus qu'à trouver où les prélever.

  - Il est possible de taxer le capital, c'est à dire le patrimoine des entreprises, qui ne fait qu'augmenter d'année en année. Mais cela représente déjà une dizaine de pourcents de ponction sur le PIB, et une augmentation suffisante pour financer le RUB, trop forte, freinerait le commerce et l'innovation.
  - Une hausse de la TVA est envisageable, mais elle défavoriserait les RUBistes en faisant baisser leur pouvoir d'achat.
  -  La CSG est une des contributions fiscales les plus rentables : grâce à elle environ 125 milliards d'euros par an sont injectés dans les caisses communes. Chaque adulte paye donc en moyenne 2380€ de CSG par an. Un doublement de cet impôt porterait la contribution annuelle moyenne à environ 4760€ - la perte moyenne de 2380€ serait toute relative, puisque dans le même temps un individu toucherait 13200€ de RUB. 26400€ pour un foyer de deux personnes, et même 39600 pour les quelques joyeux ménages à trois, la mesure étant bien entendu déconjugalisée. Finalement, tout le monde y gagnerait et une telle augmentation de la CSG rapporterait près de 125 milliards, soit presque 25% de la somme recherchée. 
  - Inspirée de la taxe Tobin, une taxe sur les transactions financières rapporte déjà près de 1,5 milliards d'Euros à l'État. Son efficacité reste toute relative mais, augmentée à un niveau plus fidèle au principe d'origine, elle pourrait rapporter 22 milliards supplémentaires - soit à peu près 5% de la somme nécessaire.
  - Une source de financement indirecte serait la suppression des niches fiscales (CICE inclus), qui rapporterait 100 milliards par an. Dans ce cas, la TVA étant sujette aux niches fiscales, il faut recalculer la partie directement rendue du RUB en basant le calcul sur les recettes fiscales brutes de cette taxe (215 milliards), et non plus nettes (130 milliards)... ce qui porte ce que rapportera le RUB, via la TVA, à 98 milliards (38 milliards de plus que lors du calcul précédent).
  La réallocation de ces 138 milliards est surtout une question de choix politique : plutôt que d'aider les entreprises en espérant une amélioration globale, l'État choisirait d'injecter l'argent à la source de l'économie réelle, sur le compte en banque des citoyennes et des citoyens.
  - Enfin, un rétablissement de l'ISF rapporterait 5 milliards d'euros par an... auxquels il serait possible d'ajouter les bénéfices d'une lutte plus efficace contre l'évasion fiscale, qui ampute le budget de l'État d'une centaine de milliards - contre seulement 5 pour le travail au noir.

125+22+100+38+5+100+5 = 395 milliards

  Le prix brut du RUB est de 690 milliards. Avec les économies réalisées grâce à la suppression des mesures qu'il rendrait caduques et les nouveaux apports via la TVA, nous pouvons y soustraire 160 milliards. Avec une politique économique optimisée, encore 395 milliards. Il ne reste donc plus à trouver que 135 milliards et malheureusement, effectivement, la première solution qui vient à l'esprit est celle que craignent les élites économiques de la société : l'établissement d'un état-Robin des bois, qui n'hésiterait pas à mettre à nu les plus aisés pour rhabiller les victimes de la pauvreté...

13) Lady Godiva, par John Collier, 1897

  On dit que dans l'Angleterre du XIe siècle, la proto-libérale Lady Godiva priât son comte de mari de baisser les impôts qui écrasaient les commerçants de son county. Face au refus de son époux, désespérée, elle décida de faire un proto-happening en traversant nue sur son cheval sa bonne ville de Coventry. Fort heureusement, cette histoire devrait rester une anecdote du passé dont les imposables d'aujourd'hui n'auront pas à s'inspirer. Nul besoin de sacrifier leur pudeur pour sauver leur prospérité... pour trouver la somme nécessaire à l'établissement du RUB, deux solutions restent à explorer :

  1) Faire marcher la planche à billet. Pendant les 30 glorieuses - et c'est une des raisons pour lesquelles elles furent économiquement glorieuses - la masse monétaire était chaque année artificiellement augmentée. Cette technique fit un come back lors de la crise de 2008... pour sauver les banques. La constante crise sociale mobilise moins les politiques que les crises économiques passagères et, de toutes manières, cette solution est devenue légalement impossible. Depuis l'adoption de l'euro seule la BCE contrôle l'émission de monnaie, et le financement des États lui est interdit par l'article 123 du traité sur le fonctionnement de l'Union européenne.
  2) Au lieu de chercher à convaincre les 27, il est possible de s'inspirer de la TVA, en mélangeant son principe avec celui de la taxe Tobin. Dans ce nouveau concept économique, chaque transaction non matérielle serait ponctionnée à hauteur de 0,4%. Payé par carte bancaire, un kilos de poulet à 10€ coûterait quatre centimes de plus. Une voiture à 10 000€, payée par chèque, coûterait 10 040. Quatre euros seraient prélevés tous les 1000 euros scripturalement échangés entre des particuliers, des entreprises ou des banques. Ainsi, tout le monde participerait au financement d'une société meilleure et plus altruiste, des actionnaires les plus riches aux fameux RUBistes. Car c'est qu'on en dépense, de l'argent, en France. Chaque année, 35 000  milliards d'euros sont échangés par transactions scripturales : taxer ces échanges à hauteur de 0.4% rapporterait donc 140 milliards d'euros à l'État - 5 milliards de plus que ce qu'il manque pour financer le RUB.

  Les solutions financières sont donc là : augmentation de la CSG et de la taxe sur les transactions financières, suppression des niches fiscales, lutte plus sincère contre la délinquance financière et en guise de final, pour compléter tout ça, le Pactole de la Taxe sur les Transactions Scripturale ; une administrative audace que nous nommerons du joli nom de PaTaTraS.
  Mieux : si ce Patatras était basé sur une taxe de 3% des échanges non fiduciaires, il rapporterait 1050 milliards, laissant la possibilité de financer le revenu universel brut (690 milliards) tout en gardant la CAF et Pôle Emploi, et en remplaçant la T.V.A (215 milliards d'euros), l'impôt sur le revenu (77 milliards), l'impôt sur les sociétés (33 milliards) et la TICPE (13 milliards). Un changement de paradigme et une simplification administrative qui pourrait posséder bien des avantages...

  Après avoir vu que le RUB était souhaitable, constatant qu'il est possible, nous pouvons conclure sur l'aspect financier en soulignant un dernier avantage : la simplification administrative et la suppression de nombreuses mesures au profit d'une seule ferait faire beaucoup d'économies à différents ministères, tant en budget qu'en ressources humaines. Des gains volontairement ignorés dans le calcul précédent ;  les bons partisans de l'État considèreront que les économies s'arrêtent là, et que l'argent et les compétences libérés pourraient être redirigés vers les secteurs en manque de cerveaux et de budget :

- Sécurité et justice.
Recherche appliquée et fondamentale.
- Solidarité internationale.

  Ainsi, par ricochet, le RUB contribuerait non seulement à la justice sociale et à la culture mais aussi, in fine, à notre avancement sur la voie du progrès.

IV/ L'inévitable avenir

  Au final le revenu universel de base se révèle une mesure couteau-suisse, qui permettrait de réparer les injustices du capitalisme... tout en en gardant les avantages. Car s'il empêchera d'être pauvre, il n'interdira pas d'être riche, et c'est probablement la raison pour laquelle le sujet est de plus en plus discuté :

  - L'Espagne s'approche du principe, en ayant instauré en 2020 un revenu minimum vital.
  - La Suisse s'est demandé si c'était une bonne idée au cours d'un référendum, mais a voté un grand non (la solution de la microtaxe, proche de celle du Patatras, avait d'ailleurs été évoquée lors du débat citoyen).
  - Des pays comme l'Allemagne, des départements comme la Haute-Garonne expérimentent.

  L'idée fait donc son chemin et son application, en plus d'être possible et souhaitable, pourrait bien être inévitable. Pour l'illustrer cet article, entamé avec une légende hébraïque, va se conclure sur l'évocation d'un autre mythe, plus ancien et cette fois akkadien... celui de la création de l'humanité par le grand Marduk :
  Alors que le monde existait à peine et n'était peuplé que de dieux, la divine société était déjà hiérarchisée, et sa population se divisait en deux classes : les Iggigi qui travaillaient sur terre et les Anunnaki, qui se pavanaient dans les nuées... tout était en ordre mais un jour les forçats primordiaux, lassés, plantèrent le premier piquet de grève et imposèrent ainsi à leur Grand Patron d'avoir à trouver une solution.

  Quand Marduk entendit l’appel des dieux, Il se décidât à une création habile :
(...)
"J'agglomèrerai du sang pour former des os, Et créer un être dont le nom sera : Lullû, l’humain. Oui je vais créer Lullû, l'humain ! Et sur lui reposera le travail des dieux, pour qu'eux-mêmes se reposent !"
Enūma eliš - texte datant de la fin du XIIe siècle avant notre ère.

14) Le mythe de l'homme-robot, chanté en 1978 par les riants allemands du groupe Kraftwerk.

  Dans l'antique Mésopotamie, les hommes étaient donc considérés comme des machines créées pour que les dieux vivent tranquilles. Et si les légendes s'inspirent souvent du passé, ici, c'est comme si les mythographes d'Akkad avaient aperçu et plagié un futur tout proche du monde contemporain... en effet nos sociétés s'enrichissent, évoluent de plus en plus vite et, à moins d'un déclin technologique brutal, l'automatisation de la plupart des métiers laissera bon nombre d'entre nous face à un vide dans le planning. Les machines et les logiciels prendront le relai dans la plupart des métiers, le besoin salarial baissera et, fatalement, de plus en plus de bras inutiles seront laissés sur les côtés de la société ; il faudra alors aider avec plus d'efficacité qu'aujourd'hui celles et ceux qui ont perdu au jeu du monde, comme les définissait sobrement Andrić. Pour cela, quoi de mieux qu'une mesure qui assurerait la liberté d'entreprendre et de choisir sa vie, l'égalité des chances et la fraternité économique entre citoyennes et citoyens qui recevraient, chaque mois, un virement inconditionnel avec avec un libellé du genre : "merci d'exister."

  Au terme de cet article, il est donc possible de conclure que face aux défis de notre société moderne, le RUB a tout pour être une solution... même si, bien entendu, se posent encore quelques questions :

  - S'il n'est pas accordé aux étrangers, l'indigence existera toujours sur le sol de France.
  - Les allocations familiales supprimées, certaines familles nombreuses aux parents non-salariés ou célibataires pourront toujours être pauvres, une pauvreté subie par des enfants irresponsables de cette situation.
  - Son inconditionnalité devrait-elle, comme les droits civiques, être levée face aux crimes les plus graves ? Après 10 ans de prison, est-il juste de ressortir avec un pactole de 138 000 euros en poche ?
  - L'automatisation des métiers favorisera une société où la majorité de la population serait non-employée et cantonnée au minimum vital, sans classes moyennes. La solution à cet éventuel problème d'inégalité, indépendante du RUB mais complémentaire, sera l'objet d'un autre article - celui-ci est assez long.
  - Devra-t-il être conditionné à une résidence sur les territoires français, afin d'éviter la fuite des RUBistes et de leurs capitaux sous des cieux moins chers et plus chauds ?
  - Les inégalités territoriales persisterons et, à moins d'une aide locale aux loyers, il sera impossible de vivre dans les plus grandes villes avec le minimum national. Le tourisme ou le dynamisme économique, par l'argent qu'ils rapportent aux collectivités, pourraient financer un complément municipal ou départemental. Si ce n'est pas le cas, nos belles campagnes à bon marché risqueront de voir débarquer une grande partie des artisans et des artistes libérés du salariat, certes parfois vives forces intellectuelles et avenir culturel de l'humanité, mais aussi souvent, plus simplement, hardes plus ou moins envahisseuses de néo-rebouteuses et d'amateurs de didjeridoo... mais même émancipée des dieux, chaque époque à ses démons, après tout.

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